Lorsqu’un couple se dispute, cela semble parfois partir de rien, d’un détail futile : un verre mal rangé, une porte-fenêtre fermée par erreur… Rien n’est constructif, une parole blessante en entraîne une autre et c’est l’escalade du « qui a tort, qui a raison ». Même le mutisme ou l’absence de réaction n’arrangent rien. Souvent, le silence qui suit une dispute est difficile à supporter, car pesant et plein de rancœur. Les jours passent et tout semble revenir à la normale. Jusqu’à la prochaine étincelle qui rallume une dispute, parfois de plus en plus intense et difficile à arrêter.
Qu’est-ce qui fait qu’un couple se retrouve ainsi piégé par des disputes qui reviennent et se font parfois de plus en plus fréquentes ? À l’inverse, certains couples cherchent à éviter les conflits : chacun marche sur des œufs, se censure ou renonce à exprimer ce qu’il ressent. Le résultat peut être le même : la distance se creuse, l’incompréhension s’installe, chacun souffre et, bientôt, la séparation peut sembler représenter la seule issue pour sortir de cette impasse douloureuse.
Pourquoi les mêmes conflits reviennent-ils malgré les tentatives pour les résoudre ?
Derrière les disputes qui se répètent, il existe souvent des besoins relationnels qui ne trouvent pas suffisamment de réponse : « J’ai besoin de me sentir aimé(e) », « Je dois pouvoir compter sur toi », « Écoute-moi », « Passe du temps avec moi », « C’est important que je me sente respecté(e) »…
Lorsque ces besoins ne sont pas suffisamment nourris, nous pouvons ressentir des émotions difficiles comme la tristesse, la colère ou la peur. Peuvent également apparaître des émotions comme la culpabilité ou la honte.
Mais exprimer ce qui se passe réellement en soi n’est pas toujours facile, particulièrement lorsque l’on se sent blessé ou menacé dans la relation. Chacun peut alors avoir recours à des stratégies de protection : reprocher, attaquer, se défendre, se justifier, se fermer ou prendre de la distance.
Dans ces situations, le problème n’est donc pas toujours ce qui déclenche la dispute. Il peut être utile de regarder le cycle relationnel dans lequel les deux partenaires se retrouvent pris.
Le cycle relationnel : quand chacun entretient involontairement la réaction de l’autre
Prenons un exemple. Une femme se sent délaissée par son partenaire et lui reproche de ne pas lui accorder suffisamment de temps. Celui-ci se sent critiqué et injustement mis en cause. Pour se protéger, il se justifie, minimise le problème ou se retire de la discussion.
Ce retrait renforce chez sa partenaire le sentiment de ne pas compter pour lui. Elle insiste davantage, hausse le ton ou multiplie les reproches. Lui se sent encore plus attaqué et se ferme davantage.
Chacun réagit à ce qu’il perçoit chez l’autre, sans toujours mesurer l’effet de sa propre réaction. Ce qui devait permettre de se protéger ou d’obtenir une réponse finit alors par aggraver la situation.
C’est ainsi qu’un cycle relationnel peut s’installer et se répéter, même lorsque les deux partenaires souffrent de cette situation et souhaiteraient que les choses changent.
L’un peut avoir le sentiment de devoir réclamer sans cesse de l’attention, tandis que l’autre a l’impression de ne jamais en faire assez. Chacun se sent incompris et peut finir par penser que le problème vient essentiellement de l’autre.
Pourtant, les réactions des deux partenaires s’influencent mutuellement. Plus l’un insiste, plus l’autre se retire ; plus l’autre se retire, plus le premier insiste.
Le conflit ne se résume donc pas à la question de savoir qui a commencé ou qui a tort. Il s’agit de comprendre comment les réactions de chacun contribuent à entretenir une dynamique qui fait souffrir les deux partenaires.
La théorie de l’attachement dans les relations de couple
La théorie de l’attachement, développée à partir des travaux du psychiatre et psychanalyste John Bowlby puis enrichie par de nombreuses recherches, s’intéresse à la manière dont nos premières relations avec les personnes qui prennent soin de nous peuvent influencer notre façon d’entrer en relation avec les autres tout au long de notre vie.
Le besoin d’attachement est un besoin humain fondamental. Dès sa naissance, le bébé cherche instinctivement la proximité de personnes capables de le protéger, de répondre à ses besoins et de l’aider à se sentir en sécurité. Cette proximité joue un rôle essentiel dans son développement.
Lorsque l’enfant fait suffisamment l’expérience d’une présence disponible, prévisible et sécurisante, il peut progressivement développer ce que l’on appelle un attachement sécure. Il apprend notamment qu’il peut compter sur les autres tout en devenant autonome, et qu’il peut exprimer ses émotions sans nécessairement mettre en danger la relation.
À l’inverse, lorsque les réponses de son entourage sont régulièrement imprévisibles, insuffisantes ou sources d’insécurité, l’enfant peut développer des stratégies pour tenter de préserver le lien tout en se protégeant. On parle alors d’attachement insécure.
Chez l’adulte, ces stratégies peuvent notamment prendre des formes différentes. Certaines personnes ont tendance à rechercher fortement la proximité, la réassurance et les signes d’amour lorsqu’elles se sentent en insécurité dans une relation. D’autres cherchent plutôt à se protéger en prenant leurs distances, en minimisant leurs besoins affectifs ou en évitant de trop dépendre de l’autre.
Ces différentes façons de réagir ne sont pas des étiquettes qui définissent une personne pour toujours. Elles peuvent varier selon les relations et les situations, et évoluer au cours de la vie.
Quand l’un recherche la proximité et l’autre prend ses distances
Dans le couple, ces stratégies peuvent entrer en interaction et créer un cercle vicieux.
Lorsqu’un partenaire se sent en insécurité, il peut chercher davantage de proximité, poser davantage de questions ou demander des signes de réassurance. L’autre peut alors se sentir envahi, critiqué ou incapable de répondre à ces attentes et prendre ses distances.
Ce retrait peut renforcer chez le premier le sentiment de ne pas être aimé ou de ne pas compter, ce qui l’amène à rechercher encore davantage de proximité.
On retrouve alors une dynamique que l’on pourrait résumer ainsi :
« Plus je te suis, plus tu me fuis ; plus tu me fuis, plus je te suis. »
Chacun réagit à ce qu’il perçoit chez l’autre, mais sa réaction contribue involontairement à renforcer celle de son partenaire. Le problème n’est plus seulement de savoir qui a commencé ou qui a tort : les deux partenaires se retrouvent pris dans un cycle relationnel qui entretient leur sentiment d’insécurité.
Paradoxalement, ces réactions peuvent être des tentatives de préserver le lien. Celui qui cherche davantage de proximité tente de retrouver la sécurité dans la relation ; celui qui prend ses distances cherche, lui aussi, à réduire son sentiment d’insécurité.
Pourtant, leurs stratégies respectives finissent par produire l’effet inverse : chacun obtient moins de ce dont il a besoin pour se sentir en sécurité, compris et aimé.
Comment sortir d’un cycle relationnel qui fait souffrir ?
Comprendre ce qui se joue dans la relation constitue une première étape. Encore faut-il parvenir à modifier les réactions habituelles qui entretiennent les conflits.
La théorie de l’attachement, associée à l’approche systémique, permet de rechercher avec les partenaires comment construire progressivement une relation dans laquelle chacun puisse se sentir suffisamment en sécurité, tout en respectant les besoins de proximité et les besoins de distance de l’un comme de l’autre.
Cela passe notamment par des compromis et des ajustements au fil du temps, mais aussi par une communication de plus en plus claire sur les besoins, les émotions et les limites de chacun.
L’objectif n’est pas que les deux partenaires fonctionnent de la même manière, mais qu’ils puissent mieux comprendre leurs différences et trouver des façons d’y répondre sans que celles-ci ne deviennent une source permanente d’insécurité ou de conflit.
Il ne s’agit pas non plus de chercher à tout prix lequel des deux doit changer. Le travail consiste à repérer ce qui se passe entre les partenaires, à identifier les moments où le cycle s’enclenche et à expérimenter d’autres manières de réagir.
Ces changements demandent souvent du temps. Comprendre intellectuellement un mécanisme ne suffit pas toujours à empêcher les réactions habituelles de reprendre le dessus lorsque les émotions deviennent trop fortes.
Quand la thérapie de couple peut-elle aider ?
Lorsque les mêmes disputes se répètent depuis longtemps, il peut devenir difficile pour les partenaires de modifier seuls leurs réactions, même lorsqu’ils ont conscience de ce qui se joue.
Dans le conflit, chacun peut être tellement mobilisé par son propre sentiment de blessure, d’injustice ou d’insécurité qu’il devient difficile d’entendre ce que vit l’autre. Les réactions habituelles reprennent alors le dessus et le couple retrouve rapidement le même fonctionnement.
La thérapie de couple offre un espace pour prendre du recul sur ce qui se joue dans la relation, identifier les cycles qui entretiennent les conflits et comprendre ce qui se trouve derrière les reproches, les réactions défensives ou le retrait.
Le travail consiste notamment à permettre à chacun d’exprimer plus clairement ses besoins et ses émotions, tout en apprenant à mieux entendre ceux de son partenaire.
Il ne s’agit pas de déterminer qui a tort ou qui doit changer pour que le couple aille mieux. Il s’agit de comprendre ce qui se passe entre les deux partenaires et de rechercher ensemble de nouvelles façons d’être en relation.
Si vous avez le sentiment de revivre les mêmes conflits sans parvenir à en sortir, ou si vous vous surprenez désormais à éviter certains sujets pour ne plus déclencher de dispute, une thérapie de couple peut vous aider à prendre du recul et à comprendre ce qui se joue dans votre relation.
Je propose des consultations de thérapie de couple à Marcq-en-Barœul et en visioconférence.
Pour aller plus loin
Les réflexions présentées dans cet article s’appuient notamment sur des travaux de référence concernant la théorie de l’attachement et l’approche systémique.
- Johnson, S. M. (2022). La pratique de la thérapie de couple centrée sur l’émotion : façonner le rapprochement (3e éd.). Presses de l’Université du Québec.
- Miljkovitch, R. (2012). L’amour malin : pour mieux aimer et être aimé. Éditions Philippe Duval.
- Elkaïm, M. (2017). Vivre en couple : plaidoyer pour une stratégie du pire, ou du meilleur. Seuil.